
Entre dieu et diable : les jours tumultueux de l'écrivain Marcel Jouhandeau
Paris, avril 1936. Albert Lebrun est président de la République. Hitler réarme l'Allemagne. On joue depuis plusieurs mois La Guerre de Troie n'aura pas lieu de Jean Giraudoux. Les habitués de la rue Raynouard sur les pentes de Passy voient passer presque chaque jour un homme à la silhouette élancée, vêtu d'un costume croisé gris clair, coiffé d'un chapeau tyrolien griffé. Un clergyman ? Non, à cause de la pochette de soie blanche. Un grand bourgeois ? Improbable, il porte une serviette de pion. Il se glisse au milieu des soutanes, des pantalons de golf, des raies sur le côté et passe le portail du collège Saint-Jean. Un regard transperce les lunettes.
Cet homme, originaire du Limousin comme Giraudoux, enseigne aux garçons des familles catholiques de l'Ouest parisien le latin, le français et parfois le grec, mais peu de gens savent que ce professeur de sixième est par ailleurs l'auteur de livres brûlants. Des vapeurs hérétiques condamnées par le Vatican émanent de sa prose enflammée. Il suffit de lire. On murmure que ce diable d'homme vit avec une danseuse. Oui, avec une danseuse. Et pourtant ce professeur est vénéré par ses élèves et a l'estime de tous ses supérieurs. Au collège Saint-Jean-de-Passy il n'a pas de surnom, on l'appelle Monsieur Jouhandeau.
Depuis 1920 il est un des auteurs de La Nouvelle Revue Française, revue-chapelle voulue par André Gide. Ses livres d'un ton singulier, surprenants, ses livres difficiles à étiqueter sont édités par Gaston Gallimard. Jouhandeau s'est lié d'amitié avec Jean Paulhan, « l'éminence grise » de la maison de la rue Sébastien-Bottin. Ce dernier l'écoute, le conseille, mais ne pourra pas toujours endiguer sa nature emportée.
Il faut reconnaître qu'il a tellement parlé et reparlé de lui dans ses 130 livres, et cela sans craindre un désordre éditorial étonnant, qu'un flou sur sa personne et son oeuvre s'est installé. Ses pairs ont salué et vanté ses ouvrages avec une telle unanimité que le public en a été comme intimidé. Tout s'est passé comme si ses imprudences, ses erreurs, sa sincérité et son excellence avaient sanctifié son oeuvre, la nimbant d'un nuage qui a tenu le grand public à distance. Son oeuvre, longue autobiographie, ne serait-elle qu'un hymne à la pureté de son enfance ? Il semblerait qu'il a passé beaucoup d'heures à se faire pardonner tant par Dieu qu'il côtoie sans cesse que par ceux qu'il a magnifiés dans ses livres.
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