
Les chanteuses kabyles : graines de la douleur
Dans les sociétés de tradition orale en particulier, le poids de la parole est lié à celle du mâle. Hautement marquée par le contexte politique (au sens large), elle peut accroître les différentes directives (culturelles, sociales, religieuses) détenues par « les seigneurs de la tribu » ou, au contraire, les vouer au châtiment, à la malédiction et au déshonneur. Ces règles étouffantes étaient en définitive transcrites dans le système mythico-rituel méditerranéen organisant l'univers en fonction de la position sociale de l'individu (homme/femme).
Difficile alors pour des femmes kabyles, cantonnées dans ce système, de confectionner de la poésie. Lorsqu'il leur arrive de la concevoir, elles ne la revendiquent, pour ainsi dire, jamais, car l'expression singulière de la poétesse se fusionne avec l'expression collective (dominante). La poésie féminine kabyle joue donc un rôle singulier, celui de dénoncer l'ordre dominant, son dysfonctionnement, ses injustices et ses hypocrisies.
Les femmes représentent ainsi malgré elles ce corps soumis, mais révélateur d'une histoire collective inscrite dans les structures sociales et mentales de toute la société. Ce sont elles qui vont permettre de mettre en évidence leur existence à travers la poésie orale kabyle, cette dernière obéissant à des codes très rigoureux. Autrement dit, on peut dire que dans une société pudibonde à culture orale, c'est la chanson qui déchire « le voile du silence ».
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